Le désert

Matthieu 4,1

L’Esprit Saint conduisit Jésus dans le désert, pour qu’il y soit mis à l’épreuve par le diable.

Jésus ici vit 40 jours et nuits désertiques, sans vivre la tentation. Quand on lit ce verset, on le saute très vite et on s’intéresse seulement à la suite ! Or le Christ a dû vivre bien des choses durant ces 40 jours, et des choses très importantes même si elles ne sont pas racontées. En effet, ce qu’on ne dit pas ou qu’on ne peut pas dire – l’in-dicible – compte souvent même plus que ce qu’on dit !Il n’y a qu’à penser au langage non-verbal qui pèse beaucoup plus que le langage verbal dans la communication… Donc nous devons nous arrêter sur ce silence du texte,qui dure plus d’un mois, par les questions suivantes : que se passe-t-il en moi dans le désert, hors de toute éventuelle tentation ? car il se passe des choses en nous dans le temps du silence ! Comment est-ce que j’habite, j’occupe, je vis, je donne sens à mes déserts ?

Le thème du désert est donc un thème et une expérience en soi, indépendamment de toute tentation qui représente une autre étape non obligatoire.Dans les évangiles, on voit d’ailleurs d’autres fois Jésus volontairement se retirer à l’écart, dans une forme de désert, pour prier seul.Et dans le même sens, ce n’est pas pour rien que certains Pères de l’Eglise Ancienne ont couru au désert en devenant des ermites, au lieu de le fuir : ils avaient compris qu’il y a là dans ce contexte quelque chose de beau et de fort à vivre, en confrontation avec soi-même. Le contexte du désert donne à cette confrontation toute sa densité et sa force.

Ainsi, ce n’est pas un hasard si on utilise l’image du désert comme occasion spirituelle. C’est le lieu de tous les extrêmes : chaud extrême le jour, froid piquant la nuit, solitude, silence et dénuement, qui nous mettent à nus devant Dieu. Et c’est bon de se retrouver parfois consciemment nu devant Lui …

En ces temps de confinement désertique dû au coronavirus, nous vivons de nouvelles extrêmes,par exemple:prendre soin des autres (les personnes vulnérables) ET craindre les autres (l’autre peut me donner le virus et donc la mort) EN MÊME TEMPS, qui de nous avait vécu cela à ce point-là ?

C’est un moment de vérité capital, sur le plan humain et spirituel, que de vivre la vulnérabilité à ce point…Alors, que se passe-t-il en moi à cette occasion ? Comment est-ce que j’habite, j’occupe, je vis, je donne sens au désert relationnel, et/ou au désert de la vulnérabilité ? Oui, aujourd’hui, nous sentons mieux que d’ordinaire l’impact d’un contexte désertique et extrêmes sur nos vies.

Prière
Seigneur,je suis dans un désert que tu connais. Tu sais le bien et le mal que cela me fait… Je comprends que ce temps compte, qu’il est là pour quelque chose. Aide-moi, nu,à t’accueillir dans ce désert, à accueillir la vie d’une manière nouvelle, et à rester dans la paix intérieure face aux autres. Amen.
source : paroisse protestante de Bellevaux – St Luc